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AML « Un parcours à la structure complexe, ainsi se définit l’œuvre de cette créatrice singulière. Son approche à l’art s’accompagne, en effet, d’une curiosité ouverte : étude des civilisations et connaissance technique des papiers, des composantes qui ont laissé libre cours à ce besoin de dessiner, de graver, de peindre et aussi à une création éclectique de livres d’artiste. Un art qui rime avec rigueur, effort avant d’aboutir à ce sentiment que l’œuvre est achevée et qu’elle peut être livrée au regard, devenue autonome. »

Christophe Comentale – Arts et Métiers du Livre
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« Et si nous passions sans jamais regarder ce qui nous entoure ? Le regard de Claire Illouz capte le mystère des objets dans leur réalité insoupçonnée. Pour mieux « nous faire connaître cette réalité loin de laquelle nous vivons », comme l’écrivait Proust. Là commence son aventure visuelle, enracinée dans une contemplation qui précède la ferveur de son geste. Quel que soit le format, la monumentalité revendique une présence par le recours à l’infiniment petit. Ses gros plans isolent un morceau de nature, avec une inversion d’échelle troublante. Nous regardons comme derrière une loupe. La gravure, que l’artiste pratique avec l’excellence d’un métier qu’elle maîtrise depuis de longues années, lui a donné le goût de la ligne déliée, souple, frémissante sur la plaque de métal comme sur la feuille de papier. Le fusain, le lavis, la sanguine, l’aquarelle participent d’un dessin mimétique. La ligne écrit ce foisonnement de feuilles lancéolées sur le bord du talus, le buisson d’orties, autant qu’elle suggère l’air qui circule entre ces végétaux disparates et ces plantes herbacées, transfigurés par la lumière. Nous découvrons un univers familier au pouvoir d’émerveillement inattendu.

Ce poème champêtre est le résultat d’une lente et consciencieuse observation, carnet et crayon en main, qui se transfigure en une méditation sur l’intimité des choses. L’activité part du chaos pour parvenir à l’ordre, arpente l’espace pour une lecture renouvelée de son modèle qui accompagne la remise sur le métier. Le corps se plie, s’ajuste au cadrage comme le crayon se tient à l’affût de la perception. Le langage de Claire Illouz s’articule autour de plusieurs thèmes. I1 y a ainsi ceux des objets remisés au grenier et des piles de livres. L’interrogation est identique pour capturer l’image et ce qu’elle cache. Le dessin et la peinture donnent à voir et à interpréter. Claire Illouz le sait, qui interroge la levée des formes, leur relation à l’espace à partir des réserves du papier ou des fonds neutres de la toile pour une vibration particulière où la lumière installe des valeurs sensibles. Les effets de noir du fusain écrasé, de l’apparence poudreuse de la sanguine jouant avec la texture du papier, la couleur délavée dans l’eau constituent autant d’interventions pour retrouver l’impression première, fugitive et cependant éternelle du regard qui s’est posé sur une beauté infinie et secrète. Les dessins et les peintures de Claire Illouz sont du côté de la révélation. »

Lydia Harambourg, La Gazette de l’hôtel Drouot – 8 octobre 2010


A propos du livre d’artiste THE WHITENESS, texte de Herman Melville, gravures de Claire Illouz :

« Extrait du chapitre 42 de Moby Dick, quête du cachalot blanc obsédant jusqu’à la folie le capitaine Achab, ce texte sur « la blancheur » est une longue et belle divagation poétique de Herman Melville sur le blanc, sur cette non couleur qui parfois « nous saisit d’effroi ». Les choses existent-elles, ce mammifère blanc existe-t-il si ce n’est dans la rêverie du marin ?

La couleur existe-t-elle, tout n’est-il qu’illusion ? Si nous poussions plus loin cette réflexion, toutes les teintes terrestres ne seraient que de subtils mirages. Comment rendre dès lors visible ce qui ne l’est pas par essence ? Par le blanc et la couleur. Claire Illouz ouvre le texte avec une immense forme allongée à la manière noire, dont le noir s’évapore peu à peu dans le blanc de la double page.

Une autre double page représentant des herbes gravées à l’aquatinte avec rehauts de couleurs à la poupée, évoque la nature se fardant telle une putain. Des estampages d’herbes avec une représentation de la Voie Lactée nous renvoient à l’immensité de l’univers.

Et le cachalot blanc ? Est-il réalité ? Oui puisque Claire Illouz l’a figuré dans la dernière planche, gaufrée, représentant cet animal plongeant dans le linceul blanc de la mer, ne laissant qu’affleurer sa queue. Le gaufrage blanc du texte imprimé prolonge l’étrangeté des descriptions de Melville et cette difficulté de le lire lui concède son mystère. »

Gilles Kraemer, Arts et Métiers du livre – 2009


« Plus l’objet est jeté hors du champ d’action de la pensée, plus elle l’élit comme motif privilégié d’un corpus qui contribue à identifier son travail. Les accumulations de livres, d’objets résiduels, de pots de terre, conjurent le chaos dans d’étranges assemblements leur attribuant une autre image. Le regard s’ajuste de même lorsqu’il bute sur le talus, où s’amoncellent brins d’herbe et feuillage. Son crayon revient, persistant, insistant, pour reprendre chaque tige, comme il revient sur les formes fragmentées du tesson. Rien n’a changé, mais tout est différent. »

Lydia Harambourg, La Gazette de l’hôtel Drouot – 16 janvier 2009


« C’est le choix de la quête, celle de « l’ombre primitive » comme le nomme Léonard de Vinci – illustré par Claire Illouz dans L’œil d’aimant (1997) – qui révèle la grâce nécessaire pour faire, des « grandes choses », un néant qui peuple, et du néant, une grande chose. »

« Evocations empreintes d’une ataraxie qui met bout à bout, dans son œuvre, la culture occidentale et l’art d’Extrême-orient, dont elle a approfondi la connaissance à Taipei et à Kyoto. »

« Le déferlement de rebuts tonitruants questionne ces fourmillantes ordures à l’œuvre dans le temps caché de l’inconscient. Et, toujours, les papiers… »

Tita Reut, 2005


« Les « natures mortes » de Claire Illouz , cela saute aux yeux, s’inscrivent dans le droit fil de cette tradition majeure de la peinture Européenne…Suivant ce fil d’Ariane, elle fait parcourir aux objets un étonnant itinéraire : elle les situe dehors à l’air libre… Les voilà qui forment un étrange chœur. Ils chantent les paroles de notre temps, souvent prémonitoires… »

François Hilsum


« Le sujet double de sa peinture qui nous promène à la fois dans des univers urbains, et dans des lieux découverts d’une nature pas si banale qu’on pourrait l’imaginer. »

« L’ambition qui consiste à déconstruire le construit, ou à organiser le vivant est parfaitement maîtrisée par Claire Illouz, puisqu’elle nous donne cette impression à la fois bizarre et sereine d’un destin qui s’accomplit hors du temps et avec lui… »

Jean Gelbseiden, Radio-Montpellier, 2003